Adrien Vescovi, né en 1980, s’est fait connaître au tournant des années 2010 à travers une œuvre picturale sur toile libre dans l’esprit des celles des artistes Supports/Surfaces à l’orée des années 1970 en France. À la différence de ses aînés, il ne revendique pas de dimension politique, inscrivant davantage sa pratique dans une relation au végétal, au paysage et aux enjeux écologiques.
Avec son installation Dormir comme le soleil, dont le titre fait autant écho à l’écrasant soleil de l’été marseillais qu’à la nécessité de se reposer sous son effet, l’artiste nous invite à ralentir lorsque l’ordre économique du monde nous intime à surproduire et accélérer. C’est ainsi que l’on prend le temps de longer les coursives de la Vieille Charité, ancienne maison d’arrêt « des pauvres et des mendiants » de Marseille, à l’ombre des draps délicatement posés à califourchon sur la structure métallique de cette bâtisse.
A son habitude, Vescovi collecte ses tissus chez Emmaüs avant de les teindre de pigments minéraux. Plus de 600 textiles (anciens draps, nappes et rideaux) ont été teintés de 300 couleurs distinctes. Les bocaux présentés dans une des salles du rez-de-chaussée, telle une bibliothèque des couleurs, témoignent des différents bains colorées usités pour créer la gamme chromatique de son installation
Son intervention se déploie magistralement sur l’ensemble des trois étages et dans la Chapelle qui siège au centre du site historique. Elle demeure à ce jour la plus ambitieuse, peut-être aussi la plus poétique, jamais réalisée en ce lieu. L’effet est saisissant. Les draps teints voguent et vaguent au grès des variations climatiques : mistral, air, pluie. Les trois façades colorées s’animent indifféremment selon les moments de la journée créant ainsi un tableau abstrait à l’échelle de ce monument du 17è siècle. Le l’œuvre présentée pendant près de six mois, du printemps à l’automne, fera l’expérience du temps qui passe et des éléments : soleil écrasant pendant l’été, pluie à l’orée de l’hiver.
Insoler la couleur
L’artiste précise son projet : « Je propose des couleurs qui vont venir se décolorer ». A l’image des artistes du groupe Supports/Surfaces qui ont exposé leurs œuvres aux éléments durant l’été 1970 (soleil, pluie, vent), les tissus de Vescovi se décolorerons sous l’effet du soleil direct, se déchirerons ailleurs sous l’action du mistral qui par moment fait battre les draps contre la pierre jaune.
L’œuvre est donc bien vivante et l’un de ses ressorts demeure dans son potentiel évolutif. Enfin, l’ombre portée des tissus crée au sol un jeu d’ombres, de pleins et de vides qui dialoguent avec l’architecture des lieux, accomplissant la conversation artistique la plus réussie, selon nous, à ce jour sur le site.
→ Dormir comme le soleil, Adrien Vescovi, jusqu'au 10 janvier au Centre de la Vieille Charité, Marseille.
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