Prendre soin, tout un art

Quand l’art et le soin se rencontrent, ça fait du bien… En ce mois d’octobre 2026, la santé mentale est au cœur d’une mobilisation nationale autour du thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ». À cette occasion, Plein Sud est parti à la rencontre d'initiatives où les pratiques artistiques favorisent le bien-être et ouvrent des espaces d’émancipation.

À la Collection Lambert, l’art de l’hospitalité

Zéphyr © Louise Hémon, Émilie Rousset, 2026

Lorsque les œuvres ouvrent des espaces de rencontre, de création et de dialogue, le musée devient un lieu où se tissent des relations et où se fabrique du commun.

Le 15 octobre, la Collection Lambert et le CSAPA Addictions France proposent une journée pour explorer la manière dont les lieux de culture peuvent devenir des espaces d’hospitalité et d’émancipation. Tables rondes, ateliers et visites de la collection permanente invitent à croiser pratiques artistiques et soignantes, dans une attention à soi, aux autres et aux lieux.

L’occasion aussi de découvrir Écho et Zéphyr, une exposition née du travail des artistes avec les habitants de pensions de famille.

→ Collection Lambert, Avignon. Jeudi 15 octobre, de 13h30 à 19h. En collaboration avec le CSAPA Addictions France. Gratuit, sur réservation.

Le 3 bis f : une fabrique des arts vivants dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique

Jardin du 3 bis f © Jean-Christophe Lett

À Aix-en-Provence, au sein de l’hôpital psychiatrique Montperrin, le 3 bis f fait se rencontrer création artistique, soin et vie citoyenne, en imaginant des espaces où personnes hospitalisées ou en parcours de soin, soignants, artistes et habitants peuvent se retrouver autrement.

Dans son Jardin d’art et d’essai participatif, cette attention aux autres passe par le faire ensemble : avec les paysagistes Margaux Tissot et Isabelle Jacquelin, on cultive un jardin nourricier, on expérimente et on jardine à plusieurs. Une démarche qui se prolonge par la parole avec le groupe de réflexion Art, Soin, Citoyenneté, rendez-vous mensuel où les expériences de chacun permettent d’interroger les liens entre art et soin, les vulnérabilités et les moyens de lutter contre les stigmatisations.

Deux espaces, l’un à ciel ouvert, l’autre consacré à l’échange, pour cultiver le lien et faire du soin une affaire collective.

À Châteauvert, prendre soin, c’est aussi veiller  

Les Cerbères d’Elias Kurdy, triptyque sculptural à têtes florales

Prêter attention à ce qui nous entoure, protéger, veiller… Dans le jardin de sculptures du Centre d’art contemporain de Châteauvert, trois Cerbères d’Elias Kurdy revisitent la figure mythologique du gardien des Enfers pour en renverser le sens. À la place des trois têtes menaçantes, l’artiste fait surgir des bouquets de fleurs. Le monstre perd ses crocs et sa fureur, il veille sur les jardins de Châteauvert, où la nature et les relations entre art et vivant font pleinement partie du programme.

Le Centre d'Art consacre également une journée aux liens entre création artistique et santé mentale, qui mettra en lumière la manière dont les pratiques artistiques favorisent l'expression, le bien-être, l'inclusion et le rétablissement, à travers des témoignages d'artistes, de jeunes, d'habitants et de patients.

→ Centre d’art contemporain de Châteauvert, Var. Accès libre et gratuit.

Au Domaine du Rayol, l’écologie des relations avec la terre

Pluie de soleil, Pauline Beck

Dans le Jardin des Méditerranées, les expositions et les résidences développent une recherche attentive aux liens entre humains, végétaux et milieux marins, dans la continuité du jardin d’expérimentation de Gilles Clément.

Avec la résidence Entre-Autres, un artiste et un chercheur travaillent en duo pour explorer la communication du vivant : signaux, vibrations, odeurs… Six semaines d’observation et d’expérimentation, partagées avec les lycéens, les habitants et les visiteurs.

Cet automne, cette rencontre entre art et science se poursuit avec Pauline Beck. Nourrie de recherches à la Graineterie du Muséum national d’Histoire naturelle, son exposition Prendre le fruit par le noyau explore les graines, la germination et le rôle de l’eau et de la lumière. Une invitation à regarder de près ce qui pousse.

→ Domaine du Rayol, Rayol-Canadel-sur-Mer, jusqu’au 29 novembre 2026.

Le CACN, être à l’écoute pour vibrer

CACN

Et si l’attention commençait simplement par l’écoute ? À Nîmes, le CACN propose avec Visites tout ouïe une autre manière de faire l’expérience de l’art : des visites musicales et sonores qui mobilisent l’écoute, le sensible et l’émotion.

Une façon de ralentir, d’être attentif à ses perceptions comme à celles des autres, et de faire de la visite un moment partagé. Ici, l’art devient un espace d’écoute, au sens propre comme au figuré.

→ CACN – Centre d’Art Contemporain de Nîmes. Visites tout ouïe, les 14 et 16 octobre à 15h. Gratuit, sur réservation.

Au Frac Sud, prendre soin de nos liens au vivant

Vue de l'exposition L’Écologie des relations - La Forêt amante de la mer, Frac Sud - Cité de l'art contemporain © Marc Domage

Avec L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer, le Frac Sud réunit plusieurs générations d’artistes japonais autour des liens affectifs, écologiques et mémoriels qui nous attachent à nos milieux de vie.

L’exposition prend pour point de départ la triple catastrophe du 11 mars 2011 au Japon — séisme, tsunami et accident nucléaire de Fukushima — et ses conséquences intimes, sociales et environnementales. Les œuvres interrogent ce qui subsiste après le bouleversement : la mémoire, l’attachement aux lieux, les relations entre humains et non-humains, mais aussi les manières de réparer et de réinventer ces liens devenus fragiles.

→ Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Marseille. L’Écologie des relations – La Forêt amante de la mer. Jusqu’au 15 novembre 2026.

À Carré d’Art, créer, écouter, faire ensemble

Carré d'Art - Musée d'art contemporain © David Huguenin

Et si l’art permettait aussi de mieux écouter l’expérience des autres ? À Nîmes, Carré d’Art fait de la création et de la parole des outils pour se rencontrer, partager et changer les regards.

Une grande fresque participative invite visiteurs et familles à prendre part librement à une œuvre collective, tandis que la Bibliothèque vivante propose une expérience plus intime : on y « emprunte » non pas un livre, mais une personne venue partager un chapitre de son histoire, avant d’engager le dialogue. La programmation se prolonge en musique avec le concert des UnsDifférents, groupe nîmois réunissant artistes en situation de handicap et artistes valides autour d’un répertoire qu’ils composent et interprètent ensemble.

→ Carré d’Art, Nîmes, le 9 octobre : grande fresque participative : 10h–17h ; bibliothèque vivante : 10h30–12h30 ; concert des UnsDifférents : 18h30–20h

À la Villa Arson, une journée de soin et d’écoute

Villa Arson © Georges Dupin

Faire d’un lieu d’art un espace où l’on peut aussi parler, être écouté, créer et prendre soin de soi et des autres : à Nice, la Villa Arson a accueilli le 8 octobre un Village Santé Mentale qui réunit associations, professionnels de santé et structures d’accompagnement.

Au programme, des temps d’échange autour de la prévention, de l’accès aux soins, de l’entraide et des droits, mais aussi des pratiques artistiques et corporelles. Les Artvéoles proposaient une Ruche d’Art, atelier ouvert de peinture et de dessin, tandis que HUMANHOOD invitait à expérimenter Sync, un atelier de méditation en mouvement.

À l’Espace Monte-Cristo, l’attention aux autres

Beya Gille Gacha, Sentinelle, 2024

Exprimer ce qui ne se dit pas toujours, porter attention aux fragilités et aux expériences des autres, créer des espaces où l’on peut être ensemble : l’art peut aussi être une manière de prendre soin.

Avec Diseuses de silence, l’Espace Monte-Cristo réunit les œuvres de 21 sculptrices qui abordent le corps, l’intime, la mémoire et les vulnérabilités. Niki de Saint Phalle, Prune Nourry, Miss.Tic, Anita Molinero, Suzanne Husky, Kubra Khademi, Jeanne Vicerial… autant de regards sur ce qui nous fragilise, mais aussi sur ce qui nous relie.

À découvrir également, Isthme noir, la carte blanche immersive de Yosra Mojtahedi : un environnement sensoriel et organique où corps humain et monde végétal se rencontrent.

→ Espace Monte-Cristo, l’antenne de la Fondatris à Paris 20e. Diseuses de silence, jusqu’au 13 décembre 2026. Entrée libre.