Prenez un peu de poussière d’étoiles, quelques reflets de lune, des corps en long, en large et en travers, un bestiaire forestier… Imaginez des dessins ou des imprimés sur papier froissé, mâché ou collé. De grandes tapisseries aux allures de récits mythologiques. Des sculptures en bronze, tantôt brutes, tantôt patinées. En convoquant ces images, on commence à entrevoir l’univers de Kiki Smith. Née en 1954, cette artiste développe depuis plus de quarante ans une pratique qui refuse toute hiérarchie entre les médiums. Gravure, dessin, sculpture, photographie, tapisserie ou installation… Chaque technique devient un terrain de jeu et d’expérimentation. Cette liberté irrigue l’ensemble de son oeuvre et se retrouve dans le parcours imaginé par le Mo.CO, conçu comme une véritable odyssée à travers son oeuvre.
L’exposition réunit plus d’une centaine d’oeuvres réalisées entre 1983 et 2023, dont les formes et les matériaux se métamorphosent sans cesse. Parmi elles, une constante demeure : le corps. Non pas seulement comme enveloppe mais comme un vaste territoire à explorer. Très tôt, Kiki Smith nourrit cette fascination en découvrant Gray’s Anatomy, le célèbre traité d’anatomie d’Henry Gray, qui marquera également Jean-Michel Basquiat. Dents, mâchoires, organes, fragments anatomiques ou silhouettes entières jalonnent ainsi son oeuvre, oscillant sans cesse entre le microscopique et le monumental.
Le corps féminin y occupe une place centrale. Kiki Smith le représente à tous les âges de la vie et sous d’innombrables visages, convoquant aussi bien la figure de la sorcière que celle de la femme domestique ou encore de la femme animale. L’hybridation devient alors un langage à part entière lui permettant d’aborder les thèmes de la métamorphose, de la vulnérabilité mais aussi de la puissance.
Cet attrait pour les récits se retrouve également dans ses tapisseries monumentales. Marquée par la découverte de la Tapisserie de l’Apocalypse au château d’Angers, Kiki Smith fait de ce médium un espace où se rencontrent mythes, nature et figures humaines. Comme le reste de son oeuvre, elles composent un monde où chaque élément appartient à un vaste réseau de correspondances.
En parcourant les salles, on a parfois l’impression d’entrer dans un cabinet de curiosités. Les échelles changent, les matières dialoguent, les formes se répondent. L’humain se mêle à l’animal, le végétal rejoint le cosmique, le visible côtoie l’invisible. Cette circulation permanente confère à l’ensemble un monde où les frontières n’existent pas.
À la sortie de l’exposition, une impression persiste. Celle d’avoir traversé une géographie sensible et mouvante. Un espace où convergent l’intime, le cosmos, le vivant et l’imaginaire…
→ Être ici | Maintenant | Partout, jusqu'au 11 octobre 2026 au MO.CO., Montpellier.