Grand angle : les expos du Grand Arles Express et d’ailleurs

Deux cents ans après son invention, la photographie continue d’explorer toutes les manières d’habiter le monde, d’en documenter les fractures comme les métamorphoses. Dans le sillage des Rencontres d’Arles, plus d’une quinzaine d’expositions de photos sur le territoire témoignent de la richesse et de la qualité de ce parcours Plein Sud.

Studio Photo Kegham sur la rue Omar al Mokhtar, Gaza, c. 1960

Grand Arles Express 2026

Incontournable à Marseille, le Centre Photographique Marseille présente les archives retrouvées de Photo Kegham, premier studio photographique professionnel de Gaza fondé en 1944 par Kegham Djeghalian Sr., rescapé du génocide arménien. Redécouverts en 2018 par son petit-fils au Caire, ces négatifs font ressurgir le quotidien d’une ville aujourd’hui largement disparue et interroge la nature même de l’archive. 

Au Musée d'Art Contemporain de Marseilleune installation immersive de Louisa Babari proposée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, convoque photographie, son, archives et mythologies berbères pour explorer les mémoires de l'Afrique du Nord. 

La photographie s’infiltre également dans les institutions varoises, avec 200 portraits réunis à Villa Tamaris Centre d’Art (La Seyne-sur-Mer) pour célébrer le bicentenaire du médium, et à l'Abbaye de La Celle, où les paysages de Klavdij Sluban sont traversés par une solitude presque physique. L’île devient autant un territoire mental, où l'île devient autant un territoire mental qu'un lieu géographique dans une exposition intitulée Solitudes insulaires.

Le Centre de la photographie de Mougins, quant à lui, consacre une grande rétrospective à la photographe néerlandaise Bertien van Manen, chroniqueuse du quotidien et des vies ordinaires, entre regard documentaire, humaniste et profondément personnel. 

Bertien van Manen, Let’s Sit Down Before We Go, Odessa, Ljalja, 1991

Des histoires d’eau et de liens

Tandis que le Pavillon Southway, à Marseille, documente les habitats fragiles des calanques, Sébastien Arrighi à Carré d’art Nîmes, interroge la place de l'eau dans les relations entre l'être humain et son environnement à travers un dispositif mêlant images anciennes et inédites. 

L’eau est encore présente dans une exposition au Cloître St Trophime (Arles), où Lara Tabet et la commissaire d’exposition Yasmine Chemali, lauréates du programme BMW ART MAKERS 2026, inventent un dispositif qui révèlent des images grâce à l’interaction de micro-organismes aquatiques avec des surfaces photosensibles. 

Plus loin, on célèbre d’autres liens invisibles. L’image devient le point de départ d’une réflexion intime sur notre rapport aux autres et à nous-mêmes à Campredon art & image (L’île-sur-la-Sorgue), tandis que les clichés racontent une amitié fidèle à la MB Art Foundation, à Monaco : celle du peintre Francis Bacon avec le photographe Peter Beard.

Sébastien Arrighi, Prony, 2025 - Courtesy de l’artiste © Sébastien Arrighi

Paysages intérieurs

Alors que Gallifet révèle les paysages intérieurs de François Halard à travers plus d’une centaine de photographies, dont certaines montrées pour la première fois, Lee Ufan Arles réunit pour la première fois en France des œuvres photographiques de Park Chan-wook, le cinéaste coréen aux 17 films.

À LUMA Arles, c’est l’immense Gerhard Richter qui nous surprend en recouvrant d’huile des instantanés photographiques. Photographie et peinture cessent alors définitivement d’obéir à leurs propres règles, perturbant notre lecture de l’image, dans l’immense salle d’exposition du rez-de-chaussée de la tour Luma, La plus grande salle d’exposition du Réseau Plein Sud.

© Gerhard Richter 2026